Peut-on laisser 15 millions de personnes en pénurie alimentaire pendant 7 mois ?

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En direct de Mao

Lundi 19 mars 2012 : La première chose qui frappe lorsqu’on arrive à Mao, préfecture du Kanem en plein Sahel tchadien, c’est le sable, partout. On est ici encore dans le Sahel mais le désert n’est pas loin : de vastes dunes s’enchaînent, parsemées d’arbustes et d’épineux. Ici, pas de routes, que des pistes, qui se résument parfois à une trace de roue dans le sable. L’électricité fonctionne depuis à peine un an, et ce uniquement le soir durant quelques heures, et uniquement dans Mao-ville.

Entre ces grosses dunes qui s’assimilent davantage à des collines se glissent parfois des « ouaddis » ou des oasis : ce sont dans ces oasis que les habitants du Kanem peuvent cultiver des légumes et des fruits. Les grands récoltes de céréales, qui demandent beaucoup plus de surfaces, ne sont pas réellement possibles dans les ouaddis et ont donc lieu pendant la saison des pluies, lorsque les dunes se couvrent d’un duvet d’herbe. Aujourd’hui, de l’herbe, il n’y en a plus : il ne reste que des d’anciens pâturages brûlés par le soleil d’où s’échappent des brins de pailles ou d’herbes jaunes et sèches : « pas assez nourrissant pour le bétail » m’expliquera Moussa, l’adjoint des programmes agricoles d’ACF.

Ce qui frappe également lorsqu’on arrive à Mao et que l’on apprend qu’environ 60 000 personnes vivent dans cette ville, c’est le peu d’activités : un seul marché hebdomadaire, quelques boutiques, un restaurant, l’unique hôpital de tout le département, entre cinq et dix voitures et de temps en temps un camion chargé de biens et d’hommes. En revanche, des petits troupeaux de dromadaires, d’ânes, de chèvres… 

« il y avait davantage de « trafic » avant et surtout davantage de camions : beaucoup d’échanges commerciaux avaient lieu avec la Libye et le Nigeria. Mais aujourd’hui ils sont quasiment au point mort du fait de l’instabilité dans ces deux pays. » Et le Kanem, indirectement, en subit les conséquences : situé au nord ouest du Tchad, cette région est davantage tournée, en termes d’approvisionnement et d’échanges commerciaux, vers les pays voisins que vers sa capitale N’Djamena. Sinon, pour le reste, comme le résume un commerçant : « il n’y a pas de clients… donc pas de magasins. Avant, des marchands ambulants en dromadaire circulaient de village en village, maintenant un certain nombre ne se donne plus la peine de faire cette tournée : les gens dans les zones rurales n’ont plus de quoi acheter

Et là-dedans, la base d’Action contre la Faim et ses 70 employés, qui participent à l’activité économique de la zone. 70 employés, - de la région, du sud du pays (plus riches et donc souvent avec un meilleur niveau d’éducation) ou expatriés – qui mènent des activités de nutrition, de mobilisation communautaire, de pratiques de soins, de relance agricole et économique, de soutien aux agriculteurs et aux éleveurs, et bientôt de distributions alimentaires d’urgence au vu de la situation actuelle. Cela paraît beaucoup mais au vu du nombre d’habitants (plus de 300 000), de l’immensité de la région (un cinquième de la France… sans route) et de l’étendue des besoins de la population (autour de 25% de malnutrition chez les enfants, des récoltes quasi nulles cette année, une couverture sanitaire largement insuffisantes…), il faudrait faire dix fois plus.

Autant de choses à découvrir à travers ce blog…

 

Lucile Grosjean, coordinatrice communication d'urgence sur le terrain

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