Des distributions alimentaires pour les personnes les plus vulnérables
Mardi 24 avril 2012: Depuis 15 jours maintenant, les équipes d’ACF chargées d’organiser les distributions alimentaires d’urgence dans le Kanem (Sahel Tchadien) passent de village en village pour recenser le nombre d’habitants, expliquer les critères de vulnérabilité et le programme aux villageois, et établir des listes de bénéficiaires. Un travail de fourmi à faire le plus vite possible.
Ce matin-là, les équipes sont dans le village de Koullah : le comité villageois s’est réuni autour des personnes d’ACF qui leur posent un premier questionnaire pour établir la situation globale de ce village de 645 habitants : « vous allez nous aider à identifier les problèmes principaux de votre village et les personnes qui sont dans la situation la plus difficile » explique Olé, le responsable d’équipe. Les questions se suivent et peu à peu la situation du village se dessine : 70% de la population de ce village vit de l’agriculture dunaire, c’est à dire la culture du mil pendant la saison des pluies… celle qui a été la plus impactée par la sécheresse. 25% de la population du village possède également des petits troupeaux. Selon le chef du village, 85% des troupeaux du village ont péri et 75% des éleveurs ont vendu une partie du bétail restant. Leurs principaux problèmes, selon eux, sont dans l’ordre : « la famine, la mort du bétail, les personnes revenues de Libye, le manque d’eau, les enfants malades et l’absence de salles de classe ». « D’habitude, nos moyens de subsistance proviennent essentiellement de ce que nous produisons à travers l’agriculture et l’élevage. Mais depuis la crise, comme nous ne produisons quasiment plus rien, nous vivons de petits travaux journaliers ou d’artisanat… et nous devons tout acheter. Pour cela, nous sommes obligés de voyager jusqu’à la grande ville la plus proche, car il n’y a plus rien aux alentours » explique le chef de village.
Olé, le chef de l’équipe ACF, expliquant le fonctionnement des distributions au comité villageois de Koullah
Face à ces difficultés auxquelles s’ajoute la très forte hausse des prix dans la région, la plupart des villageois ont réduit leur nombre de repas par jour et la quantité de nourriture servie.
A plus long terme, le comité villageois parlent du besoin de semences : « Bien sûr qu’on a besoin de semences : des graines de haricots, de maïs, de mil. Cela nous permettra de relancer une saison agricole, si les futures pluies de juillet ne sont pas mauvaises».
Puis Olé explique au comité villageois que le but du programme d’ACF est d’organiser des distributions alimentaires pour les personnes les plus vulnérables de la région, qu’il s’agit bien sûr de venir en aide au plus grand nombre de villages dans la région, mais que les moyens d’ACF restent limités, donc on ne peut pas accepter tout le monde. Il s’agit donc de sélectionner réellement les personnes les plus vulnérables de leur village : des femmes seules avec des enfants en bas âge à charge, ceux qui vivent aujourd’hui d’emprunts, de dons ou de travail journalier, etc. Il demande au village de dresser une liste avec les personnes les plus vulnérables de leur village.
Entretien entre une mère et un « enquêteur » d’ACF afin d’évaluer son degré de vulnérabilité. Seules les personnes les plus vulnérables seront intégrées aux distributions alimentaires
Une fois la liste des personnes vulnérables dressée par les villageois, les personnes d’ACF rencontre chacune des personnes inscrites sur la liste afin d’identifier avec certitude que cette personne a réellement besoin d’aide humanitaire. Tout le village est là : les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Les équipes peuvent sentir une légère pression sur eux, l’enjeu est fort pour le village et les familles : pouvoir être sur cette liste est la promesse de mois à venir un peu moins difficile. Tout le monde veut savoir, être là, être sûre de ne pas être oublié ni mis de côté. Une centaine de personnes du village sont donc interviewées : combien d’enfants ont-elles, quelles sont leurs sources de revenus, etc. Beaucoup nous parlent de la mortalité forte du bétail cette année, avec Hassan, notamment, qui attend à côté que sa mère termine l’entretien : « Moi, j’ai 10 ans et je suis en CE2, dit-il fièrement. Avant je gardais le troupeau de chèvres de ma famille. Mais maintenant, il n’y a plus qu’une chèvre. »
A la fin, on pose le questionnaire d’entretien à quelques personnes qui n’étaient pas sur la liste mais soit s’en plaignent, soit semblent rentrer dans les critères de vulnérabilité du fait de leur handicap ou de leur âge avancé, ainsi de Fatima, veuve, mais avec sept personnes à charge.
Toutes les réponses de ces questionnaires seront ensuite rentrées dans une base de données sur ordinateur et ajoutées aux questionnaires des autres villages. Une fois tous les questionnaires de tous les villages rentrés d’ici une semaine, on pourra faire fonctionner la base de données et en sortir une liste définitive des futures personnes bénéficiaires des distributions alimentaires et d’aliments pour le bétail. C’est ce qu’Olé réexplique au comité villageois avant de partir. Le chef de village termine la discussion en rappelant la situation grave dans laquelle se trouve son village, du problème de l’élevage et des prix trop élevés. Il remercie ACF de l’initiative de cette aide qui sera vraiment utile : « les gens ont faim ici ».