Peut-on laisser 15 millions de personnes en pénurie alimentaire pendant 7 mois ?

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Bienvenue au CNT de Mondo!

Vendredi 23 mars 2012 : Découverte d’une partie des programmes nutritionnels aujourd’hui : départ pour Mondo, à un peu plus d’une heure de piste de Mao. Le Centre nutritionnel thérapeutique que soutient ACF est installé au sein du centre de santé de la ville. On est accueilli par le directeur du centre de santé ainsi que les équipes nutritionnelles (Sylvain, Pascaline, Ramadane qui a travaillé toute la nuit mais est encore là, Moussa et Abakar).

Beaucoup de monde encore aujourd’hui au sein du centre de santé, car en plus du centre nutritionnel thérapeutique, c’est également le jour du Centre nutritionnel ambulatoire.

Dans le Kanem, ACF soutient deux types de structures pour la prise en charge de la malnutrition : les Centres Nutritionnels Thérapeutiques (CNT) pour les enfants atteints de malnutrition aigue sévère avec des complications nécessitant une hospitalisation 24h/24, et 20 Centres Nutritionnels Ambulatoires (CNA) pour les enfants également sévèrement malnutris mais qui peuvent être soignés à domicile. Pour ces derniers, il s’agira de passer une fois par semaine pour une visite médicale permettant de suivre leur évolution et pour récupérer leur ration hebdomadaire de Plumpy Nut, le médicament contre la malnutrition aigue sévère.

Petit à petit, les enfants reprennent vie et les mamans se détendent !

Une centaine de personnes attend donc devant le CNA, le temps que chacun passe à la pesée, à la prise de périmètre brachiale et devant l’infirmier pour ceux déjà sous traitement. Les nouveaux arrivants sont également mesurés afin que l’on puisse calculer leur rapport poids/taille qui permettra de définir avec exactitude leur degré de malnutrition. On vérifiera également la présence d’oedèmes sur les jambes, les mains, le visage parfois. Si ces informations permettent de définir qu’ils sont malnutris, ils passeront « le test de l’appétit » : l’enfant doit essayer de manger le Plumpy Nut. S'il y parvient, cela signifie que son état physique et physiologique (et notamment son système digestif) fonctionnent encore ; il pourra donc être traité à domicile. Si l’enfant ne parvient pas à manger, cela signifie que son métabolisme est atteint, et il sera alors admis dans le CNT afin que l’on puisse soigner ses désordres physiologiques et lui proposer un autre traitement à base de lait thérapeutique F75 qui participera à rétablir son métabolisme ou soigner les maladies associées à la malnutrition qu’il peut avoir. « On essaie de privilégier au maximum les admissions dans les CNA qui sont beaucoup plus simples pour les mamans : 80% d’entre elles sont chefs de ménages, car leurs maris sont partis gagner de l’argent ailleurs. Mais du coup, elles se retrouvent seules à charge de tous les enfants. Une hospitalisation, c’est très compliqué pour elles, car personne n’est là pour s’occuper des autres enfants. » explique Clémence.

Du côté du CNT, Sylvain commence à faire la visite médicale de tous ses petits patients accompagné de Clémence, responsable nutrition : une bonne trentaine ce matin. On rencontre Ousmane, âgé de 8 mois et pesant à peine 4kgs pour 61 cms. Il était au CNA avant mais ne grossissait pas : il a donc été transféré ici. Abakar également, qui était encore gonflé d’oedèmes il y a quelques jours et qui maintenant commence à retrouver une apparence normale ; Mariam dont on a du mal à calmer les diarrhées ; Moussa dont on va pouvoir enfin enlever la sonde naso-gastrique ce matin : il arrive à nouveau à s’alimenter seul.

Sylvain, pendant la visite médicale, qui ausculte un enfant.

Les consultations ne sont pas toujours faciles à mener pour Sylvain : il vient du Sud du pays, où le niveau d’éducation est plus élevé et où il a donc pu passer son diplôme d’infirmier, mais par conséquent il ne parle pas les langues locales du Kanem, le Kanembou et le Gorane. Tout doit donc passer par une traductrice Ashe.

A côté, une petite file indienne commence : les mamans viennent chercher le lait thérapeutique de leur enfant. Chaque dose est calculée en fonction de l’état de l’enfant, et ces petits repas ont lieu toutes les 6 heures.

Pendant un instant de pause, on discute avec Ramadane et Sylvain : « ça fait 8 mois qu’ACF a décidé de remettre en place ce CNT qui n’existait plus. Au début, il y avait peu de patients : ils étaient 7 en août, au mois de février ils étaient 45, et maintenant on est mi-mars et ils sont déjà 41 ! C’est trop, trop, trop ! Tous les jours il en arrive de nouveaux qui sont parfois dans des états physiques dramatiques. » explique Sylvain.

« On arrive à les sauver le plus souvent et ça c’est magnifique » poursuit Ramadane. « Dans la formation que nous avons eu à l’école d’infirmier, on n’apprenait pas à soigner comme ça la malnutrition selon un protocole médicale très précis. Ici, grâce à ACF, j’apprends aussi comment on fait et je vois que ça marche».

L’équipe du CNT de Mondo réunie.

Puis, comme c’est le dernier jour de Clémence dans le Kanem, qui repart vers la France, l’équipe prend des vieux pots de peinture qui ont servi lors de la réhabilitation du CNT et chacun laisse une trace de sa main « peinturlurée » sur le mur du CNT. Les mamans s’y mettent aussi ! Un peu gaieté, des rires et des empreintes qui semblent dire « on est passé par là, on a participé».

 

Lucile Grosjean, coordinatrice communication d'urgence sur le terrain

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